Actualités / Cadre de vie - mardi 03 décembre 2013

Grand parc : un milieu naturel à protéger

LA BRUME D’AUTOMNE commence à se dissiper. “Vous voyez, là-bas, au pied des roseaux, c’est un terrier-hutte”, indique Pierre Joubert en pointant du doigt une tête d’épingle à l’autre bout du lac de la Bletta. Il y a quelques mois, sous sa direction, une dizaine de jeunes vaudais est venue planter 400 boutures car les castors commencent à manquer d’arbres, leur nourriture principale. “La population des castors est en hausse. Ils se plaisent bien ici. Si certains ont été réintroduits par l’homme, d’autres sont venus naturelle- ment”,noteletechniciende27ans.Au total, quinze familles de ces rongeurs sont présentes sur le site Natura 2000, soit une cinquantaine.

Après s’être assuré que les pousses n’ont pas été détériorées, Pierre remonte dans son véhicule, direction la lône de Grella et les pelouses qui l’entourent. Au printemps, on trouve encore orchidées et anémones. “Des variétés sauvages bien différentes de celles des fleuristes”, précise-t-il en parcourant les chemins qu’il connaît par cœur. Dès que la voiture marque l’arrêt, des clochettes s’agitent et viennent à sa rencontre. Ce sont des chèvres, chargées de l’entretien des pelouses. “A terme, nous voudrions nous affranchir de la gestion mécanique qui peut dégrader les espaces. L’objectif dans les pelouses sèches, c’est aussi d’aménager des buissons pour recréer un semblant de milieu naturel. Tout l’enjeu est la proportion et le choix des espèces végétales”, explique-t-il avant d’énumérer celles qui ont grâce à ses yeux. Chênes, peupliers noirs ou encore érables. Ces actions ont permis le retour de petites espèces animales, en premier lieu les lapins.

Engager des bras de fer

Sa tournée reprend. Un détour par le Rizan, petit cours d’eau que le pro- gramme européen protège, pendant l’InterVTT notamment, puisque son parcours le traverse. “Nous avons fait signer une charte aux organisateurs et installé deux passerelles pour le traverser sans déranger la faune aquatique. Auparavant, le passage des cyclistes pouvait abîmer l’habitat naturel des chabots et des lamproies, des poissons de lônes. Désormais, activité humaine et patrimoine naturel s’accordent”.

L’homme n’est pas un écologiste de l’extrême : “On ne peut pas tout inter- dire pour sauvegarder le milieu”, assène-t-il. Certaines choses ne pas- sent pourtant pas très bien. Près du lac d’Emprunt, alors que deux cygnes se battent sur l’eau, l’animateur examine des petits trous dans le sol. “Ce sont des nids de guêpiers, de magnifiques oiseaux multicolores. En ce moment, ils sont en migration en Afrique. Le problème ici, c’est que des jeunes viennent faire de la moto.”

Parfois, Pierre doit engager des bras de fer avec ses partenaires et prendre des sanctions, comme avec cet agriculteur qui s’était accaparé une par- celle classée. La besogne la moins agréable. Mais la beauté du site naturel lui fait oublier ces désagréments. “C’est un travail tellement varié que je n’arrive pas à m’en lasser”, lance-t-il avant de reprendre son chemin vers le canal de Miribel. Un épervier lui bloque la route. Depuis le temps, il a appris à connaître la voiture de Pierre et n’en a plus peur.

Maxence Knepper

 

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