Actualités / Enfance / Jeunesse - mardi 18 septembre 2012

Travaux pratiques grandeur nature pour les élèves ingénieurs

DANS LES LOCAUX accueillants du Grand projet de ville (GPV), avenue Maurice-Thorez, par une belle matinée de septembre, un groupe d’étudiants entoure Quentin Vernette, le chargé de communication. Quentin est en train d’expliquer et commenter les contours du GPV : “80% du territoire de la ville de Vaulx est concerné”, explique-t-il, plan à l’appui, devant un parterre de jeunes. Ils sont étudiants et écoutent attentivement cette sorte de leçon inaugurale en terre vaudaise. Ils font leur rentrée universitaire à l’Ecole nationale des travaux public de l’Etat (ENTPE) et vont découvrir comment s’élabore une ville jeune et ouverte sur une grande métropole. Ils viennent de la France entière, tous ont été recrutés à partir des classes “prépa” (préparatoires) : autrement dit, des forts en maths et en physique, qui constitueront demain l’élite de la nation.
Pour l’instant, les futurs ingénieurs, managers, experts ou enseignants rassemblés ici, au GPV, ont surtout l’air intimidé et la démarche un peu raide de ceux qui débarquent sur une terre inconnue. En guise de bienvenue à Vaulx-en-Velin, Jean-Baptiste Lesort, directeur de l’ENTPE, tient chaque année à ce que les nouvelles promotions participent par petits groupes à ces visites de chantiers, amorcées à partir du GPV. “J’y suis très attaché, explique-t-il, car cela permet de les changer d’univers, et les mettre directement en lien avec du concret et avec l’action collective”.
Après la présentation du GPV par Quentin, Ychem Sallouh prend le relais pour la visite proprement dite de deux quartiers en rénovation : en avant pour les Noirettes et La Grappinière. “On pourrait y aller en bus”, commente Ychem. Mais rien de mieux qu’un peu de marche à pied pour humer la ville et l’appréhender physiquement. Les étudiants se mettent en route, parfois en file indienne pour contourner ici une barrière de travaux, là une absence de trottoir.
Certains ont l’air très jeunes, à peine vingt ans. Sur une promotion d’une centaine d’étudiants, combien sont-ils à venir des villes et quartiers sensibles ? Très peu, vraiment trop peu en réalité – deux pour cent environ. Le nombre élevé de boursiers, près d’un tiers, permet de relativiser ce constat. Et tous ceux-là, qui ont réussi à intégrer la prestigieuse école, auront la possibilité et la fierté d’aller dans des établissements scolaires vaudais, pour dire aux enfants : “Vous aussi, vous le pouvez si vous vous accrochez ! Il y a du travail dans ces secteurs, et plein de projets à construire dans les villes, autour des villes, avec les villes !”.
Des Noirettes à La Grappinière
Revenons au ras du bitume ; deux rues et une allée piétonne plus loin, nous voilà aux Noirettes. Ychem longe les barres d’immeubles fraîchement rénovés et entraîne le groupe à la contemplation de la fresque réalisée avec le concours de la Cité de la création : de toute sa hauteur de dix
étages, l’ancien pignon aveugle a été avantageusement remplacé par une succession colorée et verticale de cascades, palmiers et caravanes... Tout en haut, le soleil rougeoie à l’infini, et pour l’éternité. Tout en bas, à hauteur d’homme, les visages familiers des habitants du quartier sont représentés dans de petites scènes vivantes : le facteur, la maman et la poussette, un groupe de nageurs et nageuses. “Nous sommes ici dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville, où la drogue et la prostitution sévissaient. Quand nous avons lancé le projet de rénovation, peu d’habitants voulaient s’impliquer. C’était très difficile de motiver les gens ; ils avaient baissé les bras devant les nombreuses dégradations qu’ils subissaient”. Derrière la fresque, derrière la réhabilitation thermique et les économies qui en découlent pour les locataires, “il y a la rénovation sociale, explique Ychem. Car sans elle, pas de rénovation urbaine... Vous avez des questions ?”. Les étudiants n’en ont pas, pour l’instant. Ils découvrent, ils sont là pour apprendre et engranger du savoir. A La Grappinière, ils constatent l’étendue d’un chantier engagé pour plusieurs années. Avec pour seul décor, ce jour-là, une pelleteuse en action, ils ont encore du mal à imaginer le futur “espace central, avec des jardins partagés”, décrits par Ychem.
“Vous allez prendre vos cours à l’ENTPE, conclut-il. Vous ne reviendrez peut-être jamais ici, vous ne ferez que passer en bus. C’est pourquoi on tient à vous sensibiliser sur l’importance de la concertation avec les habitants à travers ces visites”. Plus tard, lorsqu’ils seront en fonction dans une collectivité locale ou dans une grande entreprise, les étudiants de l’ENTPE auront à se remémorer leur première “visite de chantier”, et à appliquer, sur d’autres territoires, la leçon en plein air d’Ychem, sur la jonction vitale entre rénovation urbaine et rénovation sociale.
Françoise Kayser

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