Portraits / JOURNAL N°106 - mardi 06 janvier 2015

Colin Niez, un dieu du stade chez les Wallabies

IL SE DIT un peu tête brûlée. Colin Niez, 23 ans, a pourtant l’air de l’avoir solidement ancrée sur ses deux épaules taillés dans un roc. si aujourd’hui, il vit son rêve d’Ovalie aux Antipodes, c’est du côté du stade Georges-Lyvet, à Villeurbanne, que son aventure a débuté. “Je dois tout à Sébastien Aguerra, mon coach”, estime le Vaudais. Un entraîneur attaché à donner un cadre aux jeunes pour leur éviter la dérive. “Le Lyon-Villeurbanne Rugby XIII n’est pas un gros club, mais on essaye d’inculquer des valeurs à nos joueurs”, défend-il. la persévérance, le collectif et le respect. “C’est comme un frère qui m’a mis du plomb dans la tête. Au rugby, j’ai grandi, tout en prenant un peu de poids”, plaisante l’athlète, les yeux rieurs. ses 102 kilos pour 1m78 et ses biceps décorés de motifs aborigènes appuient subtilement son propos.

 

Du ballon rond au ballon ovale

Adolescent, Colin Niez se débrouillait très bien un ballon rond entre les pieds, moins bien, il le reconnait, sur les bancs de l’école. le blondinet a même fréquenté, deux années durant, le centre de formation de l’Olympique lyonnais. “Le foot, c’était toute ma vie”, souligne-t-il. Mais à force de pratiquer, ce mordu de sports en tout genre a fini par ne plus prendre autant de plaisir au jeu. “J’aimais l’esprit de compétition, mais au niveau de la mentalité, je ne m’y retrouvais plus. Il me manquait un truc.”

Ce petit plus, c’est au cours d’une initiation rugby au lycée Robert-Doisneau qu’il l’a trouvé. “On a découvert un jeune homme qui ne connaissait pas bien la discipline, mais qui avait des qualités athlétiques indiscutables”, se souvient le coach. Avec ses copains de classes, le lycéen va jusqu’au championnat de France UNSS et chope le virus de l’Ovalie. Après un passage au LOU, il rejoint ses copains du Vaulx-en-Velin Rugby league. Très vite, il intègre l’équipe fanion du Lyon-Villeurbanne Rugby(1) et à peine un an plus tard, il est pré-sélectionné en équipe de France espoir. sa satisfaction n’est pourtant pas là. Arrivé sans diplôme ni travail au club, les dirigeants lui ont permis d’accomplir son but : bosser auprès des enfants. “Si on l’a aidé à obtenir son brevet professionnel d’animateur et ses diplômes d’entraîneur et d’arbitre, c’est parce qu’il est discipliné et exemplaire”, soutient sébastien Aguerra.

 

Le haut lieu du rugby à XIII

Pour satisfaire son rythme de progression, il fallait à Colin Niez un défi à la hauteur de son ambition. Il l’a trouvé en Australie. “C’est la Mecque du rugby à XIII, assure Jacques Cavezzan, le président du comité rhôdanien à l’accent chantant. Les clubs australiens sont extrêmement formateurs”.  Malgré le poids de la solitude et la peur de l’inconnu, Colin s’est envolé en mai dernier pour la région de Brisbane, à l’est du pays, sans point de chute, mais avec toute l’audace et la débrouillardise d’un jeune homme de 23 ans. “C’est assez difficile de voir son fils partir à l’autre bout du monde, mais c’est aussi une grande satisfaction de savoir qu’il réalise un rêve. Ce n’est pas à la portée de tout le monde”, considère Maryse, sa mère.
“Au début c’était l’horreur au niveau de l’anglais, mais au fils des mois, je me suis amélioré”, explique le rugbyman qui a été rejoint quelques temps par un de ces coéquipiers français, Yvan leroyer. s’il perfectionne son niveau de langue, sa progression est plus remarquable encore sur le terrain. lorsqu’il débarque chez les Fassifern Bombers, son premier club australien, l’équipe concédait huit défaites consécutives. Hasard ou pas, sept victoires ont mar- qué son arrivée. les journaux locaux n’ont pas manqué de souligner “le vent de fraîcheur venu de France”. lui qui évoluait au poste d’arrière à Villeurbanne, joue désormais pilier 3e ligne. “Les joueurs australiens sont bons, mais ce ne sont pas des magiciens. Leur secret, c’est leur sérieux”, assure-t-il. Un tel périple est fait de bonnes sur- prises, Colin Niez a intégré par exem- ple, une équipe plus prestigieuse encore, les Ipswich Jets ; de moins bonnes aussi. “Je suis un miraculé”, juge-t-il, avant d’expliquer : “J’ai eu un gros accident de la route à l’automne. J’en suis sorti avec deux côtes cassées, une cheville en vrac et un œil sévèrement amoché”. Rentré en France pour les fêtes de fin d’année, “balafré mais heureux de vivre une telle aventure”, “le frenchy” a partagé son expérience avec les enfants du LVR. le 4 janvier, il est reparti à l’autre bout de la planète. Jusqu’à quand ? L’avenir le dira. “J’ai un visa qui court pour un an et demi encore. Tant que ça me plait, je reste et j’en profite au maximum...”

Maxence Knepper et Driss Boudebza

(1) Une entente existe entre les clubs de rugby vaudais et villeurbannais.

Photo © Marion Parent

Il a grandi au Village, mais c’est au cœur du bush australien qu’il vit désormais sa passion du rugby à XIII. Colin Niez n’en finit pas de briller, tant par ses capacités sportives que par son audace.

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Commentaires

  • Van der Voorth Léonard, le 07/01/2015
    Joli article sur ce joueur pleins de qualités.
    A noté que ce sont les Kangourous l’emblème du XIII Australien et pas les petits Wallabies qui sont ceux des quinzistes.

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