Portraits / JOURNAL N°107 - mardi 20 janvier 2015

Homayoun Raonaq, chantre de l’amour

“S’IL N’Y AVAIT pas eu la guerre, nous n’aurions jamais quitté notre pays”. Homayoun Raonaq, né à Kaboul en 1962, et dont le prénom signifie l’heureux, garde de son enfance afghane de beaux souvenirs : “Nous vivions sans souci, on était bien. Mon père avait acheté un petit verger à l’extérieur de la ville. Le vendredi était jour férié, nous allions en famille là-bas”. Son père avait fait ses études en France et donnait des cours de persan à des Français. “Pendant les vacances scolaires, nous faisions des voyages à l’intérieur de l’Afghanistan avec eux”. Homayoun Raonaq se souvient de la beauté des paysages, des pique-niques au bord de la rivière où il était bon venir se désaltérer.

Quatrième d’une famille de six enfants, Homayoun grandit sans difficulté : “J’étais une personne sportive, je faisais de la gymnastique à un niveau professionnel et du football”. Attiré aussi par l’art, il se tourne vers une formation artistique : “Dès le collège, j’ai suivi des études aux Beaux-Arts”, précise-t-il.

Son adolescence va être bouleversée par les événements politiques de son pays : “Il y a d’abord eu des changements au niveau de l’Etat. Les communistes ont pris le pouvoir. Au début, on croyait que ce serait positif”, raconte-t-il. Puis, c’est l’occupation soviétique. “A partir de là, nous étions en danger, car mon père travaillait avec l’ambassade de France. Il était considéré alors comme un traitre et on le recherchait pour l’emprisonner” relate Homayoun. Cette situation génère un climat d’insécurité mais, malgré tout, il poursuit son bon- homme de chemin. “J’allais à la fac et à côté, je travaillais comme responsable d’un service audiovisuel en faculté de Médecine. A ce moment là, j’étais un peu à l’écart de tout cela”, raconte-t-il.
La situation se gâte, lorsqu’Homayoun Raonaq intègre l’armée. C’était en 1983, les moudjahidines, parmi les- quels le commandant massoud, lut- taient contre l’occupation soviétique. Les Américains, quant à eux, fournis- saient des armes aux Pakistanais impliqués dans la guerre. La situation est de plus en plus explosive : “Nous vivions dans la peur”. L’exil de la famille commence alors, comme celui de bien d’autres familles. “Kaboul s’était vidée de sa population”, commente Homayoun. Effectuant son service militaire, il attendra un an avant de partir à son tour.
Après quelques années passées dans des camps de réfugiés au Pakistan, il rejoint la France. C’est de loin, qu’il va suivre les événements qui secouent son pays. “Les Moudjahidines sont arri- vés au pouvoir, mais il y avait sept partis islamistes qui se battaient entre eux”. La déception va être grande. “Les talibans ont tout saccagé, ils ont pris les terres, détruit entièrement Kaboul. Les petites filles ne pouvaient plus aller à l’école”. La vie d’Homayoun, comme de nom- breuses personnes en exil, a donc pris un nouveau tournant du fait de cir- constances indépendantes de sa volonté. A l’âge de 23 ans, il s’établit à Vaulx-en-Velin. Sa fibre artistique s’é- toffe. “J’avais suivi des cours de musique en Afghanistan, notamment de tabla. En France, j’ai commencé en 1994 à donner des concerts de musique tradi- tionnelle. Puis, avec trois autres musi- ciens, nous avons créé le groupe Sham’s et remporté le prix Arto’tempo à Vaulx- en-Velin, en 1996”. L’intégration du chanteur afghan se fait sans heurt. “Ici, je ne me suis pas senti trop dépaysé”. Lorsqu’il chante en s’accompagnant à l’harmonium, on se sent transporté. “Je choisis mes paroles parmi les œuvres de poètes mystiques persans, tous inspirés par l’amour universel. Leur message me touche le coeur et l’esprit. Je retrouve ce qui m’anime : l’amour dans toutes ses dimensions”.

Jeanne Paillard

Compositeur interprète, vaudais d’adoption depuis trente ans, il met en musique, les œuvres de poètes persans. On a pu découvrir son talent grâce à son implication dans les lectures multilingues. 

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