Portraits / JOURNAL N°108 - mardi 03 février 2015

Claude Tchavouchian, “Ma douce France”

“J’AI PLEIN de souvenirs. J’ai aidé mon père à se sauver quand la Gestapo est venue chez nous pour l’arrêter. J’ai dit : Papa, il est au travail”, raconte Claude Tchavouchian. Né en 1941, sa prime enfance est marquée par la guerre. “Ma soeur a été tuée par les Allemands, parce qu’elle avait craché sur l’un d’eux. Elle avait onze ans. Je ne l’ai pas connue. C’est mon père qui m’a raconté tout ça”, poursuit-il. Ce père communiste, réfugié en France, lors du génocide perpétré contre les Arméniens, va entrer dans la Résistance, aux côtés d’autres Arméniens.

Claude Tchavouchian se souvient : “Missak Manouchian est venu plusieurs fois chez nous. Je connaissais très bien sa femme Mélinée. Après la mort de son mari, elle venait souvent à la maison”. En 1947, sa famille fait partie de cette vague d’Arméniens qui, répondant à l’appel de Staline, part vivre en Arménie, remplie d’illusions. “Nous sommes allés aider l’Union soviétique”, raconte-t-il. Comme tant d’autres, ils connaîtront la déception.

C’était le début de la guerre froide. “J’avais sept ans, je ne savais pas un mot d’arménien. C’était très dur. Là-bas, comme ici, j’étais considéré comme un étranger”. S’il garde de l’enfance des souvenirs douloureux, son adolescence est marquée par la réussite : “J’ai fait l’école des Beaux-Arts à Erevan. A 16 ans, j’ai participé à un concours et j’ai remporté la première place”.

Au fil des années, il va s’imposer comme artiste reconnu, expose à Moscou et Saint-Petersbourg, Léningrad, à l’époque fait partie du cercle des artistes soviétiques, se distingue aussi en jouant de l’accordéon : “Je faisais danser les autres au son des valses musettes”. Parallèlement, il s’inscrit à l’Institut des langues étrangères. “C’est là où j’ai rencontré ma femme”, confie-t-il. Deux
fils vont naître de cette union.

Ambassadeur de la paix

Et, c’est pour rejoindre l’un d’eux, qu’il décide de rentrer en France. “Ma douce France, le pays de mon enfance. Une partie de ma famille y était restée. Je suis revenu, après la mort de mon père”. C’est aussi une période où l’Arménie, devenue indépendante après l’effondrement de l’URSS, est fragilisée par une guerre à sa frontière, avec l’Azerbaïdjan, dans le Haut-Karabagh, peuplé en majorité d’Arméniens. L’histoire n’en finit pas de se répéter et l’artiste dénonce un massacre de plus de population. Il fait de la paix son combat, en devient l’ambassadeur auprès de l’Unesco, au sein de l’association internationale des Arts plastiques.

Dorénavant, dans le petit atelier que l’association la Case africaine a mis à sa disposition, est entreposée une partie de ses oeuvres. On peut y voir, entre autres, le portrait et le buste de Missak Manouchian, celui aussi de Charles Aznavour. “Lorsque je suis arrivé en France, j’ai eu la chance de rencontrer Eitel Moutome Douba. J’étais sans boulot, on n’avait rien à manger. De fil en aiguille, je suis devenu bénévole”.

A 74 ans, l’artiste est inépuisable. Des expositions sont déjà prévues à Lyon, à l’occasion du centenaire du génocide
arménien. Claude Tchavoutchian espère aussi, de nouveau, pouvoir exposer à Vaulx-en-Velin, dans cette ville où il a pu trouver de l’aide et du réconfort. “Toute ma vie, j’ai été considéré comme un étranger. D’ailleurs, c’est le titre que je donne à mes expositions”. Aujourd’hui, il se dit “content et apprécie d’avoir plein d’amis au sein de l’association”. Cependant, sa satisfaction serait encore plus grande s’il pouvait transmettre son savoir : “Actuellement, je ne peux rien donner car je n’ai pas de lieu où le faire”, déplore-t-il.
Jeanne Paillard

Bénévole à l’association vaudaise la Case africaine, cet artiste, peintre, sculpteur, se fait ardent défenseur de la paix, à travers son art.

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