Actualités / Cultures - mardi 02 juin 2015

Adoma : des vies couchées sur le papier

SOUS LES TRAITS de leurs crayons, au détour de leurs images, tantôt suran- nées, tantôt colorées, c’est toute la mémoire des Chibanis d’Adoma qui renait. Lilas, Coralie, Fanny, Victoria et Louis, cinq étudiants en art de l’école Emile-Cohl de Lyon, ont tissé depuis un an, des liens étroits avec les retraités vaudais du foyer, anciens travailleurs immigrés, à l’occasion de leur déménagement vers le centre-ville. A partir du 15 juin, le fruit de leur travail, soutenu par le Grand projet de ville, sera visible à la MJC et au foyer L’Olivier, rue Condorcet.

“Au début, ça n’a pas été facile, avouent les jeunes artistes. Ils avaient tous un truc à faire, sauf Miloud Seffih qui est toujours partant quand il s’agit de rencontrer de nouvelles têtes. Pourtant, une fois que l’un était lancé, tous avaient envie de raconter leurs histoires”. La présence à leur côté de l’ethnologue Anouck Patriarche, qui a effectué un travail au long cours auprès des résidents, a grandement aidé à ce que l’alchimie se fasse. “Entre les étudiants et les retraités, le choc culturel était très fort, mais ils ont très vite appris à se connaître et à s’apprécier”, raconte cette dernière.

Un concert pour accompagner l’exposition

Ces rencontres ont profondément marqué les dessinateurs. “Derrière leurs francs sourires, ces seniors nous décrivaient des histoires parfois très noires, avec toute l’humilité et l’autodérision qui les caractérisent. Ce sont eux qui ont construit Lyon, ses tours, son métro, son périphérique, et pourtant, ils n’ont pas la reconnaissance qu’ils mériteraient”, estiment Victoria et Fanny, qui retourneraient bien voir ces papys au grand cœur, tant leurs vies font échos à leurs propres histoires familiales.
Pour l’école Emile-Cohl, ce partenariat est une grande première. “D’habitude, nous laissons les étudiants trouver leurs sujets de travail par eux-mêmes, explique Olivier Jouvray, dessinateur et professeur à l’école. Ils ont souvent tendance à se tourner vers la fiction, mais c’est une chose difficile quand on a 20 ans et qu’on a pas forcement le vécu suffisant.” C’est donc vers les sujets du réel et le reportage qu’il les a tourné, et notamment, les souvenirs des Chibanis vaudais.

Au fil des 65 planches déjà produites, on retrouve des histoires du quotidien mêlées à la mélancolie d’une époque révolue : la vie de labeur de monsieur Belkacem, le destin de Madina, l’une des seules femmes du foyer, ou encore la poésie lyrique d’Ali Khalfaoui. Car le projet à aussi permet à des résidents de révéler à leur tour leur art. C’est le cas d’Amadou N’Diaye, virtuose des percussions et de la guitare, qui se produira avec son groupe, Njaxass, lors du vernissage de l’exposition à la MJC, le 22 juin à 18h30. Un concert à ne manquer sous aucun prétexte.

Maxence Knepper

Pratique : exposition à la MJC, dans le cadre du festival Lyon BD, du 15 au 26 juin. Vernissage le 22 juin à 18h30. Sortie de la bande dessinée courant 2016, à l’occasion des 60 ans des foyers Adoma.

Dans le cadre du dispositif Le Mas stocke ses souvenirs, des étudiants de l’école Emile-Cohl ont croqué la vie des résidents du foyer Adoma de Vaulx-en-Velin. Leur travail sera exposé au foyer de façon permanente et à la MJC, du 15 au 26 juin.

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