Portraits / JOURNAL N°104 - mardi 02 décembre 2014

Constant Bankoué, “mon langage, c’est la danse”

QUAND IL S’ANIME sur scène, ses gestes sont précis, techniques, mais gardent toute la grâce et l’énergie de l’improvisation. Koué ressent les moindres vibrations de la musique et les exprime avec une simplicité déconcertante.

 

Une longue aventure scénique

“Koué, c’est ainsi que me surnommait mon père quand j’étais petit garçon”, souligne Constant Bankoué. Utiliser ce diminutif comme nom de scène, c’est pour lui une manière de garder un lien fort avec ses proches restés sous d’autres latitudes, à 4500 kilomètres d’ici. En 2009, le jeune Camerounais de 25 ans quitte en effet ses parents et son pays natal pour venir étudier le droit à Lyon. “Ça a été très difficile, mais il faut ce qu’il faut pour réussir.”

A Vaulx-en-Velin, où il s’installe, il retrouve une famille d’adoption, se fait beaucoup d’amis et s’investit dans la vie locale. “J’ai donné des cours de soutien scolaire au sein de l’association Frameto, à l’Ecoin, et j’ai appris le hip-hop aux enfants du Grand-Vire”, explique-t-il. L’équipe du centre social garde un très bon souvenir de l’expérience. “Il avait un excellent contact avec les petits, soutient Charazed Messai, responsable du pôle enfance de la structure. Avec lui, nous avons participé à la Biennale de la danse 2012. Il a su mettre sa touche personnel dans la chorégraphie de la parade. Pour nous comme pour les enfants c’était un plaisir de côtoyer un breaker si doué. Il a d’ailleurs remporté pas mal de battles”. Brillant aussi dans ses études,

Constant Bankoué a tout de même décidé de laisser ses livres de côté pour se lancer dans “une longue aventure scénique, car qui ne tente rien n’a rien”. Le jeune homme a conscience que c’est un pari risqué. Qu’importe, c’est en dansant qu’il se sent vivant. “J’ai toujours eu ce sentiment que c’est à travers la pratique artistique que je m’épanouissais.”

 

Son style ? La liberté !

“Nombreux sont ceux qui disent avoir commencé la danse grâce à Michael Jackson. Bizarrement, ce n’est pas mon cas”, confie ce fan du King of Pop dont il reprend avec brio les plus célèbres pas. Lui, c’est en regardant des vidéos de James Brown et de son déhanché à la télévision camerounaise, il découvre cet art à 11 ans. “Lorsqu’on danse en Afrique, ce qui compte, ce n’est pas la technique, mais l’énergie, défend le jeune homme. En arrivant en France, j’ai dû apprendre les bases pour me perfectionner”.

Aujourd’hui, il définit son style ainsi :“Du new style auquel j’ajoute des bases de popping, de krump et de house danse”. Autant de courants qui ont fait l’histoire du hip-hop ces 30 dernières années. “Je ne me pose aucune limite. J’essaye d’enrichir un maximum ma pratique. En fait, le mot qui définit sûrement le mieux mon style, c’est la liberté”, considère-t-il.

Après être passé par diverses écoles et compagnies, dont celle de la Vaudaise Maïssa Barouche, Constant Bankoué rejoint le centre Afromundo, à Vaise, où il officie désormais comme professeur. Parallèlement, il met en scène ses propres spectacles. Le printemps der- nier, “Concession”, présenté au Centre culturel œcuménique de Villeurbanne, a fait sensation. Ecriture, musique, chorégraphie, Constant a tout orchestré, de A à Z. “Il m’a fallu près d’un an et demi pour mettre ce spectacle sur pied.” Pas le temps de souffler, sitôt la performance finie, il s’est lancé corps et âme dans une nouvelle création. “A travers cette chorégraphie que j’espère présenter bientôt, j’aimerai toucher l’âme d’artiste de chaque spectateur.” La même qui lui a tout fait plaquer pour s’y consacrer entièrement. Qui sait, peut être donnera-t-il des idées à certains ?

Maxence Knepper

Photo © Marion Parent

Vaudais d’adoption, Constant Bankoué a quitté son Cameroun natal pour étudier le droit à Lyon. Finalement, le jeune homme de 25 ans a laissé de côté ses rêves de prétoire pour se consacrer à sa passion, la danse.

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