Portraits / JOURNAL N°115 - mardi 19 mai 2015

Bettina Kohl, cultiver les moyens d’expression

ANCIENNE gymnase de haut niveau, Bettina Kohl est née dans l’Allemagne des années 70. Elle a grandi à Mayence où elle étoffe son parcours en se tournant vers le théâtre et la danse et porte, aujourd’hui, un regard particulier sur l’histoire de son pays natal. “En France, on connaît très peu l’histoire des Allemands qui ont souffert pendant la seconde guerre mondiale.” Sa famille, dont certains membres étaient engagés dans la résistance, va être marquée par la tragédie: “Quand Hitler est arrivé au pouvoir, les gens avaient de plus en plus peur de parler contre le régime. Même des personnes qui n’étaient pourtant pas très engagées disparaissaient. Ce fut le cas de ma grand-mère paternelle”. Le père de Bettina a donc grandi dans un monastère et c’est seulement à l’âge de 18 ans, qu’il a pu retrouver ses frères et sœurs. Toute sa vie, cet homme a fait des recherches, pour savoir ce qu’il était advenu de sa mère. l’horreur était au rendez-vous de ces longues investigations : “Il a appris qu’elle avait été internée dans une sorte d’hôpital et avait subi des expérimentations médicales. Du coup, mon père est entré au parti communiste”, raconte Bettina Kohl.

Entre deux mondes

“J’allais en vacances en Allemagne de l’Est. Je ne m’intéressais pas à la poli- tique, j’étais une enfant, mais je pouvais constater des différences”. De son expérience à l’est, elle retient “un pays où il y avait une forme de simplicité chez les gens”. C’est ainsi qu’elle évolue, entre deux Allemagnes, deux systèmes économiques, sociaux, culturels que tout opposent mais issus d’une même terre. la chute du mur de Berlin va être vécue par son père comme “la fin d’un idéal qui est tombé avec lui”. Elle garde de cet événement, des sentiments partagés entre la joie de voir “des masses de personnes heureux” et des regrets : “Ce que je trouve dommage, c’est que l’on est fait table rase de tout ce qui existait à l’Est. Les gens vivaient dans l’illusion du monde capitaliste ; ils ont vite déchanté”.

A l’écoute du corps

Installée en France depuis 17 ans, Bettina va poursuivre sa formation artistique et connaître pendant 13 ans les vicissitudes du statut d’intermittent du spectacle. “En France j’ai obtenu un diplôme d’Etat en danse contemporaine pour enseigner. J’ai travaillé dans plusieurs compagnies autour du théâtre, du cirque et de la danse et également en tant que metteur en scène”. la jonction avec l’association dans tous les sens s’est faite par le biais du spectacle. “Ecriture hors les murs, c’est une création collective avec différents partenaires et les adhérents qui englobe aussi plusieurs formes d’expression. C’est très riche et complémentaire avec ce que je fais par ailleurs”. Bettina a, en effet, créé sa propre association basée à la Guillotière : “Je propose des ateliers de danse et de cirque pour les enfants de 3 à 8 ans. C’est un travail pluridisciplinaire que j’aborde de manière très ludique”, commente-t- elle. l’artiste a ajouté une autre corde à son arc il y a quatre ans, le shiatsu, et commence à utiliser cette technique de thérapie manuelle venue du Japon. “Depuis vingt ans, je travaille avec le corps. A la base, j’ai fait une formation médicale en Allemagne et j’ai pu exercer le métier d’assistante médicale. Cela a nourri ma réflexion sur le corps, sur les maladies psychosomatiques. Avec le Shiatsu on utilise les points d’acupuncture et les méridiens pour faire circuler l’énergie”. Une énergie féconde.

 Jeanne Paillard

Bettina Kohl est chargée de la programmation du festival Ecriture hors les murs, initié par l’association Dans tous les sens. Son parcours atteste de sa force de caractère et de sa capacité à faire circuler les énergies.

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