Portraits / Journal N°116 - mardi 02 juin 2015

Michel Tognini, voyageur de haut vol

LA PREMIÈRE FOIS qu’on l’a vu traverser la place de la Nation d’un pas décidé, des lunettes aviateur posées sur son nez, on n’a pu s’empêcher de penser à Top Gun, le film culte des années 1980 dans lequel Tom Cruise campe le rôle d’un pilote d’élite. Une association d’idées qui n’est pas étonnante, puisque les Mirages n’ont plus de secret pour cet ancien pilote d’essai et commandant d’escadrille. A l’époque de la sortie du film pourtant, Michel Tognini avait déjà abandonné les avions de chasse, au profit d’appareils un peu plus imposants : les navettes spatiales.

 

En apesanteur

Né à Vincennes, tout près de Paris, Michel Tognini a poussé loin sa formation. Après l’obtention de son diplôme de l’École de l’Air en 1973, il reçoit sa qualification de pilote de chasse en 1974, intègre une escadre de chasse à Cambrai et devient chef de vol en 1976 puis commandant d’escadrille en 1979. En 1982, il est admis à l’Empire Test Pilots’ School de Boscombe Down (Royaume-Uni). Il reçoit son diplôme d’études militaires, un an plus tard. Michel Tognini est ensuite affecté au Centre d’essais en vol de Cazaux où il devient chef-pilote d’essai. Une décennie “en l’air”, sans toutefois imaginer un jour, repousser les limites de ses pérégrinations vers l’infini et au delà. “Quand j’ai commencé mes études, nous en étions encore au début de l’aventure spatiale, insiste l’explorateur de l’espace, tout juste 18 ans au moment où Neil Armstrong a posé le pied sur le sol lunaire. Je regardais cela avec émerveillement,mais de loin, sans y penser”. Et pourtant, le 9 septembre 1985, il est sélectionné en tant que spationaute par le Centre National d’Études Spatiales (CNES), et est désigné comme doublure de Jean-Loup Chrétien pour la mission Soyouz TM-7. C’est ainsi qu’en 1986, il embarque pour Moscou, direction le centre d’en- trainement de la Cité des Etoiles. Puis vient la mission Antarès, pour laquelle il est titularisé. Le 27 juillet 1992, Michel Tognini décolle de Baïkonour à bord de Soyouz TM-15 pour rejoindre la station Mir, à bord de laquelle il restera jusqu'au 10 août. Il devient à ce titre le 3e spationaute français à vivre cette expérience hors du commun. “L’espace, c’est un multiplicateur de sensation, confie le père de quatre enfants. Je garde plein de sentiments riches et des souvenirs impérissables du vol en apesanteur et surtout, de la vision de la Terre et des étoiles depuis là-haut”.

 

Une vie à s’entraîner

Comme une fois ne suffisait pas, en 1999, au crépuscule du 20e siècle, le spationaute reprend la route du ciel, aux côtés des Américains de la navette Columbia. Pendant quatre jours et 23 heures, il participe au déploiement du satellite d'astrophysique Chandra, conçu pour une étude approfondie de l’Univers. Ils ne sont pas légion ceux qui ont volé à la fois avec les Soviétiques et les Américains au sortir de la guerre froide. A avoir fait le grand écart entre deux mondes, au moment même où la hache de guerre était enterrée, quelque part en orbite. Michel Tognini a “passé sa vie à s’entraîner pour en arriver là”, comme il le souligne. Général de l’Armée de l’Air, ce voyageur de haut vol a été le patron du centre des astronautes de l’Agence spatiale européenne basée à Cologne, après avoir pris la direction du Corps européen des astronautes au début des années 2000, alors qu’il occupait encore des responsabilités techniques à la Nasa.

Il dédie aujourd’hui sa vie aux conférences qu’il donne partout dans le monde et au travers desquelles, il se replonge dans ses voyages extra-terrestres. Il se consacre aussi à une mission qui lui est chère, celle de parrain du Planétarium de Vaulx-en-Velin, honneur qu’il partage avec l’astrophysicienne Hélène Courtois depuis septembre 2013. “C’est un centre d’excellence pour l’avenir, constate Michel Tognini qui considère l’éducation comme le ciment de la société. Ce Planétarium, conjugue l’interdisciplinarité et permet d’apporter aux jeunes des activités scientifiques ludiques, de leur donner envie d’apprendre et de se dépasser.” Se dépasser pour aller plus loin, plus haut, pour nourrir des ambitions et ne jamais renoncer. N’est-ce pas, en effet, en visant la lune qu’on atterrit dans les étoiles ?

Maxence Knepper

Photo © Nasa

18 jours, 17 heures, 46 minutes et 32 secondes. C’est le temps qu’a passé le spationaute Michel Tognini, “là-haut”. Retour sur le parcours exceptionnel du parrain tout aussi exceptionnel du Planétarium.

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