Journal / Portraits - mercredi 07 octobre 2015

Dénis Caschera, l’objet du désir

 

AVANT TOUT, deux choses à savoir sur Dénis Caschera : d’abord, n’écorchez pas son prénom. Le jeune homme tient mordicus à ce que l’accent soit prononcé, tout comme le “s” final. a l’américaine en somme. Ensuite, il a “une grande confiance” en ce qu’il fait et ce qu’il est. C’est pourtant un garçon réservé, aussi touchant que sincère, qu’on retrouve ce lundi matin, à quelques jours du concours de mister Rhône-Alpes qui aura lieu le 17 octobre à Bourg-en-Bresse (ain). Du genre à dire bonjour à la dame et à l’aider à porter ses courses.

Pas peu fier de l’écharpe bleu roi qu’il arbore, le jeune Vaudais a mis les deux pieds dans un monde totalement inconnu pour qui n’a jamais apprécié les concours de beauté télévisés. Une découverte qu’il vit comme une aventure, éclairé par l’envie d’être sous les projecteurs et d’avoir droit, lui aussi, à son quart d’heure de gloire warholien. Du haut de son mètre 80, il apprend à défiler et à reproduire des chorégraphies en vue du grand soir. Piètre danseur, selon ses dires, l’entreprise n’est pas une mince affaire, mais il pourra se rattraper lors du passage en maillot ou lorsqu’il présentera sur scène, sa profession. “Chaque candidat doit faire une démonstration et déconstruire les idées reçues qu’on peut avoir sur son boulot”, explique-t-il. C’est quoi au juste un bon mister ? La réponse nous est soufflée par le président du Comité régional : “Ce n’est pas qu’un physique et des muscles, annonce Jérémy Edward, comme pour prévenir les éventuelles critiques. C’est avant tout une tête bien pleine, un caractère et un comportement”. Notre mister Rhône local défend lui aussi le principe. Non, il ne s’agit pas d’un rassemblement de belles gueules décérébrées. “Les mecs que j’ai rencontrés ont l’air plutôt cultivés, note le jeune homme. Cer- tains bossent même dans le milieu pharmaceutique”. Alors les préjugés et les critiques, il n’en a que faire. “On m’a beaucoup charrié après l’élection, avoue-t-il. Mais les aprioris qu’on peut avoir à mon sujet, ça me glisse dessus”. Conscient des ses atouts  physiques, Dénis se soucie malgré tout du regard des autres et éprouve un certain plaisir à être un objet de désir pour les filles, même s’il est en couple depuis trois ans. “Ce sont surtout mes yeux qui plaisent”, souligne-t-il.

Une revanche sur la vie
Dénis Caschera est bien décidé à prendre sa revanche sur une vie qui ne lui a pas fait beaucoup de cadeaux. “J’ai un besoin viscéral de réussir, d’être au top. On m’a tellement dit que je n’arriverai à rien,  que je rester ai un bon à rien toute ma vie. De son enfance aux Verchères, il en garde de bons souvenirs. De son adolescence en foyer pour jeunes délinquants, moins. “J’ai fait pas mal de conneries”, confie Dénis, plein de repentance. Sa rédemption, il la trouve en devenant Compagnon du devoir et en participant au concours des Meilleurs apprentis de France, en 2013, alors qu’il est scolarisé en carrosserie au lycée Boisard.

Des expériences qui l’ont fait grandir et lui ont mis “du plomb dans la cervelle”. Mais la relation avec son patron s’étiole après sa médaille d’or et il quitte le milieu automobile dans lequel il s’épanouissait pourtant. Fini la tôle, c’est en soulevant des cartons qu’il gagne désormais sa croûte. “Je ne pense pas que déménageur soit un métier d’avenir, mais en attendant de percer dans le mannequinat, cela me permet de payer mon loyer. Et si le mannequinat ne marche pas, je m’engagerais dans l’armée”, lance-t-il, sûr de ses choix. Fan  de jeux vidéo et de foot – sport qu’il pratique à l’AS portugaise de Vaulx –, le beau gosse voit loin et pense déjà à mettre à l’abri une famille qu’il n’a pas encore. A pouvoir offrir à sa future marmaille ce qu’il n’a pas pu avoir lui-même.

Entre deux projections sur l’avenir, Dénis revient sur les tracasseries d’un roi de beauté. Dernière confidence pour la route : “Quand j’ai reçu mon écharpe, juste avant un gala, je me suis rendu compte qu’il y avait une grosse faute d’orthographe. Ils avaient écrit « Mister Rohne ». C’était un peu la honte quand même”, plaisante-t-il. Ultime coup d’œil sur le fameux foulard, toutes les lettres sont en ordre de bataille. Dénis Caschera est prêt à aller chercher son titre. Avec les dents s’il le faut.

 

Maxence Knepper

Elu mister Rhône au printemps dernier, ce déménageur de 21 ans qui rêve en grand, se prépare pour le concours régional. Qui sait, Mister Rhône-Alpes sera peut-être Vaudais...

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