Journal / Portraits - jeudi 17 décembre 2015

Mustapha Challal : plus forte est la joie de vivre

Je n’ai jamais été fixé sur les causes de mon handicap”, écrit Mustapha Challal. L’infirmité motrice cérébrale dont il souffre est peut-être due à une insuffisance respiratoire à la naissance. Rien n’est établi. Mais ce mal dont il ne connaît la cause, il vit avec depuis trente ans. Le quotidien en fauteuil n’est pas rose. Pas facile, non plus, de dépendre d’un tiers, 24h sur 24. Cependant, dit-il, “le handicap n’est pas une tare, on peut vivre heureux si on en a décidé ainsi, par la force de notre caractère”.

Lui ne manque ni de volonté ni de tempérament. Il n’est pas du genre à se plaindre, considérant qu’il existe des situations pire que la sienne. “J’ai une espérance de vie beaucoup plus longue que certaines personnes handicapées”, souligne-t-il. Alors, il ne lésine pas. Cette vie il la mord à pleines dents, fort d’une super famille qui lui a insufflé l’esprit combatif et l’a baigné dans le sport. De quoi repousser les limites de la mobilité réduite, relativiser les tensions et crispations de son corps, se dépasser et infirmer le pronostic du pédiatre “qui avait dit que je deviendrai un légume”. Il n’est qu’à observer Mustapha Challal en action lors d’un match de foot fauteuil à l’entraînement ou en championnat…

Sa force de caractère, “c’est ce qui le conduit à avoir toujours des projets grandioses”, livre Nora, sa mère. Il s’agit principalement de voyages. A défaut de marcher, il roule, il vole vers des destinations plus ou moins lointaines. Il y a eu la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, l’Espagne, l’Allemagne, le Canada, l’Angleterre. Souvent, il part pour assister à une ou plusieurs rencontres sportives : matchs de foot, bien sûr, ou jeux paralympiques. “Après les jeux de Londres, je me suis dit pourquoi pas ceux du Brésil en 2016 ?”. Un nouvel objectif était fixé. Devenu presque une idée fixe. Il faut trouver 8 000 à 12 000 euros pour le réaliser. Mustapha en parle dans son quartier (La Côte) et au sein de la structure de jour qui l’accueille à Meyzieu. C’est ici, lors de rencontres de rugby fauteuil, que des ados du centre social Peyri découvrent son projet. Très réceptifs, ils veulent l’aider à le financer et mettent en place différentes actions (vente de gâteaux, repas…). Nora Challal, cherche aussi des pistes pour réaliser le rêve de son fils. Quant à Karim, l’un des auxiliaires de vie de Mustapha, il apporte plein d’idées, notamment pour trouver des sponsors. “Avec lui, je suis encore plus motivé”, déclare le jeune homme tout sourire. Il faut dire qu’il sourit facilement. “Je suis joyeux” affirme-t-il. Cet état, ce mental l’emporte sur la tristesse, la colère, l’angoisse, le désespoir. C’est sans doute le travail qu’il fait sur lui-même qui l’amène à cela. Il prend de la distance. Il se réfléchit notamment à travers l’écriture d’un journal, commencé à l’âge de 26 ans au sein de l’accueil de jour de l’association La Richardière à Lyon. Ne pouvant agir seul, durant cinq ans, un éducateur l’a aidé à écrire “ses ressentis du jour”, ses pensées. Le journal a été publié par l’association, avec pour titre : “La vie est un torrent agité ou la vie privée d’un IMC”. Il parle de son enfance, de l’opération subie à 11 ans pour décrisper son corps, de moments difficiles ou heureux au sein des institutions, des colonies de vacances, de la place du foot, d’aléas sentimentaux, du regard des autres… Mustapha continue sur sa lancée, aidé cette fois-ci par une auxiliaire de vie devenue une amie de la famille. Tenant compte des critiques exprimées sur le premier ouvrage, il s’est lancé un nouveau défi : “Je veux faire mieux”. Sur le thème “Amour et sentiment”, “le propos est plus intime”, nourri de sa relation amoureuse, centré aussi sur l’amour qu’il porte à ses parents, ses frères et sa sœur et évoquant sans doute sa passion pour la Kabylie, terre de son père. “Nous sommes une famille où l’on n’exprime pas trop nos sentiments”, confie Mustapha. Lui, en ressent profondément le besoin. Alors ce qui est dur à dire, il l’écrit. Fidèle à lui même lorsqu’il s’agit de braver la difficulté : “Mon maître mot, c’est : ne lâche pas !”. La vie est un combat et le combat de Mustapha est une leçon de vie.

 

Fabienne Machurat

Sa vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il la décrit plutôt comme un torrent agité. Mais ce trentenaire, infirme moteur cérébral, brave les obstacles pour aller au bout de ses rêves. Son projet du moment : destination Brésil pour les JO. 

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