Portraits / JOURNAL N°103 - mardi 18 novembre 2014

Bernard Walch, voyageur impénitent

“JE ME SENS bien plus un homme de la campagne qu’un homme de la ville. J’aime à dire que je suis un plouc”, lance Bernard Walch, non sans humour. C’est à mi-chemin entre ville et campagne, qu’il s’est installé avec son épouse, au hameau de la Rize, en 1975. Il a choisi d’acquérir l’un des pavillons du “domaine des combattants”. Ensemble immobilier que son grand-père avait contribué à financer et qui a été vendu par la suite à la société des HLM.

“Dans mon jardin, j’élevais 150 rosiers”, dit-il, pour d’innombrables bouquets destinés à son épouse. Depuis le décès de celle-ci, il y a sept ans, l’amateur de roses vit à la résidence Ambroise-Croizat. Bernard Walch, qui mentionne l’origine alsacienne de son nom, est né à Sathonay-Village en août 1925. “Mon père était de Perrache et ma mère, des Brotteaux. Ça n’était pas les mêmes mondes”, se rappelle-t-il. Son père juif et sa mère catholique ont fait fi des frontières géographiques, sociales et confessionnelles.

“Un an après ma naissance, ils se sont installés à Rillieux-la-Pape et c’est ici que j’ai passé ma jeunesse. Mon père, un ancien officier de la guerre de 14, dirigeait une tannerie qui employait quatorze ouvriers. Ma mère s’occupait du foyer et de ses cinq enfants”. En 1936, à l’âge de 11 ans, il est rentré au lycée Ampère. Il se souvient des trajets à bicyclette, “des cours pendant la guerre, qui avaient lieu soit le matin, soit l’après- midi, pour une question d’accès aux abris”. Puis le lycéen a rejoint la Résistance. Agent de liaison au service de différents maquis, il pouvait faire de longs trajets en vélo, “jusqu’à Valence”, décrit-il. “109” était son nom de guerre. Lors d’une arrestation, il a passé quelques heures à Montluc, avant de s’évader pendant un transfert. “Arrêté une seconde fois, je me suis sauvé le jour même de mon arrivée au camp de Struthof. L’occasion de foutre le camp s’est présentée, je l’ai saisie”. En 1944, du haut de ses 19 ans, il a participé aux combats.

 

D’un continent à l’autre

La guerre finie, Bernard Walch a fait partie de ceux qui ont eu le bac d’office ; le jeune homme a entrepris des études à la Faculté de lettres, travaillant en même temps comme éducateur d’enfants délinquants, à Sacuny-Brignais. Il a fondé une revue sur le thème de la protection morale de la jeunesse et gagné Paris où il a effectué différents métiers, s’est marié et a vécu sept ans, avant de revenir à Lyon. “Là, j’ai travaillé chez Berliet, à l’ex- port, ce qui m’a conduit à voyager dans toute l’Afrique francophone.” Suite à ce périple, il a été nommé commissaire général à la jeunesse et aux sports de la République du Niger. L’Indépendance du pays, acquise en 1960, l’a ramené en France, à Bourg-en-Bresse, où il a été directeur adjoint du groupement patronal de l’Ain : “J’ai récupéré la gestion de 14 chambres syndicales, dont celle de la métallurgie, et je m’occupais de formation”. Il a ensuite poursuivi l’activité à Lyon, pour Rhône-Alpes. “Je collectais le 1% des salaires pour la formation”, commente- t-il. En 1982, une nouvelle aventure l’attendait en Afrique, à Kamsar, pour travailler au secteur formation de la compagnie des bauxites de Guinée. De retour dans l’Hexagone, il a ter- miné sa carrière professionnelle à Lyon, exerçant pour un fond d’assu- rance formation. Ensuite, au cours d’un dernier séjour africain, le retraité a œuvré comme missionnaire laïc.

Nommé procureur, c’est-à-dire gestionnaire de diocèse, il est resté cinq ans en Centrafrique et deux ans au Cameroun. Lui reviennent aujourd’hui des mots en soussou et des images de Conakry. D’autres souvenirs accrochés aux murs de son logis côtoient quelques meubles de famille. Bernard Walch, grand voyageur et homme de morale et de conviction a fait sa place à Vaulx et compte parmi les bénévoles de la paroisse. Mais bientôt, il rejoindra Rillieux, la ville de son enfance. “Pour me rapprocher de mes fils”, dit-il.

Fabienne Machurat

Photo © Marion Parent

Ancien résistant, officier des palmes académiques et missionnaire laïc en Afrique, Bernard Walch vit à Vaulx depuis près de quarante ans. 

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